La mirada humana i el mitopaisatge

Le mythopaysage était presque obligatoire pour les classes paysannes en raison de sa position structurelle ; elles ne pouvaient regarder autrement la nature qui les entourait. Comme on l’a vu ailleurs, elles voyaient des sommets que les élites ignoraient, des pierres et des lacs sans importance pour les gens des villes qui participaient d’une culture écrite. Mais les paysans voyaient ces choses en fonction d’un point de vue structurel et donc ils voyaient le monde physique comme un monde social; bref, comme deux mondes analogiques. C’était cette position structurelle qui donnait à voir quelques endroits comme le résultat du travail des minairons –et il ne faut point oublier que ces petits êtres sont comme des humains en miniature- ou des saints qui, eux aussi, présentaient une relation d’analogie avec les personnes car ils étaient sur-humains. Cette formalisation phénoménale des lieux n’était pas livre, et elle ne pouvait pas l’être : quand on arrive au village de Centenys on se rend compte que la punition de Mer qui transforme les champs en de grandes extensions de pierres était évidente. Les paysans ne pouvaient pas douter de ce niveau structurel, écologique, car les pierres sont toujours là, impossible de les en sortir pour les humains.
Mais si les pierres donnaient une sorte de caractère obligatoire à la perception du lieu, la formalisation in visu qui devrait instituer une représentation du lieu, une seconde «nature» par rapport à la réalité physique, était un peu plus libre. Mais jamais absolument libre. Il y a des lieux qui ont besoin d’un nom et d’autres non ; il y a des endroits qui réclament du sens et d’autres qui s’en passent, mais, quand on donne une représentation à un lieu, celle-ci n’est jamais libre : la nature n’est jamais vierge parce que notre regard n’est jamais vide. Il y a des lieux sans sens apparent, mais il y a aussi des lieux qui ont des sens différents, et on ne peut penser ni à une construction médiale du sens qui soit complètement libre ni à des lieux sans sens, à condition qu’ils ne soient pas indicibles. La différence entre le regard des élites modernes sur les montagnes et celui des paysans au fond des rivières et gourgs profonds est que dans un cas on n’en disait rien et que dans l’autre il y avait une série de légendes et de représentations en général qui permettaient de voir ce qui était invisible. Ce n’est pas du tout la même chose, l’invisibilité que l’indicibilité ; dans un cas on peut avoir un monde physique remplacé par une réalité phénoménale et, dans l’autre, il peut y avoir des choses physiquement réelles mais sans formalisation phénoménale, sans regard. On peut porter différents regards sur les mêmes choses, mais dans ces cas différents, nous parlerons de réalités différentes aussi.